La restructuration d’une entreprise arrive quand celle-ci est en danger. Et le danger en l’espèce, c’est la cessation des paiements.

Le chef d’entreprise prend alors conscience des risques encourus. Mais s’il n’agit pas rapidement, cela pourrait lui être fatal car les possibilités de retournement de son entreprise seraient alors beaucoup plus limitées.

Les procédures collectives, ensemble de mesures légales de redressement d’entreprises en difficulté, sont calquées sur ce rythme : la prise de conscience.

Alors quelles sont les mesures à prendre ? Quelles sont les erreurs à éviter ? Et surtout comment s’en sortir sans mettre en péril son entreprise ?

Voyons tout de suite comment sortir de cette situation délicate qu’est le restructuring.

Restructuration d’entreprise : les différentes procédures collectives

Je ne vais pas y aller par 4 chemins : les dispositifs légaux sont calqués sur la maturité du danger, très exactement sur le degré de difficultés de trésorerie. Voici les 3 options qui s’offrent à vous dans le cadre de problèmes de trésorerie en fonction de votre stade d’avancement.

#1 Médiation et conciliation

Le mandat ad hoc, consiste à confier à un tiers (le mandataire ad hoc) une mission de médiation entre l’entreprise et l’un ou plusieurs de ses créanciers, de façon à régler des tensions issues de mauvais paiements.

Cette procédure peut aussi intervenir en cas de conflit grave entre l’entreprise et un stakeholder, fournisseur, actionnaire…

La conciliation poursuit le même but, mais est plus large et concerne plutôt un pool de créanciers.

#2 Plan de sauvegarde

Le plan de sauvegarde intervient quand la cessation de paiement n’est pas avérée mais probable dans un proche avenir.

Cette mesure est calquée sur le « chapter 11 » américain, l’esprit étant d’anticiper sur les difficultés de trésorerie. C’est une procédure publique, publiée au Greffe. Elle consiste en l’ouverture d’une période d’observation pendant laquelle les dettes de l’entreprise sont gelées et permettent en principe à l’entreprise de restaurer sa trésorerie et de « relancer »  la machine.

Un mandataire judiciaire, représentant des créanciers, est alors nommé.

#3 Redressement et liquidation judiciaire

Le redressement judiciaire fonctionne à peu près de la même façon que le plan de sauvegarde, mais la cessation des paiements est avérée. La procédure est donc plus contraignante, et peut donner lieu, en plus du mandataire, à la nomination d’un administrateur chargé d’assister le dirigeant dans la gestion de l’entreprise.

La liquidation judiciaire intervient quand le constat est fait que l’entreprise ne peut plus être sauvée, parce qu’elle ne peut plus dégager assez de trésorerie pour rembourser ses dettes.

Sortie de procédure collective

La sortie d’une procédure collective est soit la résolution de la situation – sortie du conflit, établissement d’échéanciers de paiement, plan de continuation homologué par le juge, ou plan de cession (rachat de l’entreprise par une autre dans le but de la relancer), ou escalade vers un stade supérieur (souvent de RJ vers un LJ).

Restructuring : que faire en cas de danger ?

Le danger, encore une fois, prend la forme de tensions de trésorerie. Que l’on ait fait preuve d’anticipation ou non, plusieurs réflexes s’imposent :

  • Comprendre si on est encore rentable ou non : il convient d’établir un compte de résultat le plus récent possible. On peut à ce stade prendre les premières mesures de réduction des coûts qui s’imposent.
  • Se pencher sur son prévisionnel de trésorerie : ce prévisionnel indique pour les mois à venir les entrées de cash et les sorties. Etablir ce document demande de mobiliser toute l’entreprise, et pas seulement la direction financière :
    • les ventes pour les entrées de CA
    • les achats ou la production pour les sorties
    • mais aussi la direction financière pour les charges fixes et les plans de remboursement des banques.

C’est sur ce document que l’on réalise que l’on est déjà, ou que l’on risque d’être, en CP. Là également il est possible de négocier avec ses créanciers des délais de paiement.

  • Comprendre l’origine des difficultés : perte d’un gros marché, charges de l’entreprise trop importantes, marge sur coût variable trop faible, baisse des prix. Les actions de redressement possibles viendront traiter ces points.

Restructuration de l’entreprise : communiquer avec les équipes

Les équipes sont très souvent bien plus au courant des difficultés que le chef d’entreprise ne le croit, et ont généralement compris les raisons de ces difficultés et la nécessité de restructurer.

Malgré tout, les collaborateurs sont inquiets pour l’entreprise… mais aussi pour les contrats de travail. Ils envisagent le pire, avec une réduction des effectifs, voire une fermeture de site.

Juridiquement, en fonction de la taille de l’entreprise et du stade de procédures collectives où l’entreprise est arrivée, le dirigeant est tenu à un minimum d’information auprès des IRP (CSE), ou des salariés directement s’il n’y a pas d’IRP.

Mais par ailleurs, et en dehors de toute obligation légale, il est bon de tenir informé les salariés, de maintenir un dialogue social. L’exercice est difficile, car il ne faut pas cacher le sérieux de la situation et les conséquences sociales que cela pourrait engendrer. Des échanges cadrés permettront de donner du sens aux actions de restructuration interne engagées, en particulier des réductions d’effectifs ou de plan de sauvegarde de l’emploi.

Mais en même temps il ne faut pas paralyser les équipes non plus en transpirant soi-même de peur ou en faisant preuve d’abattement.

Je recommande de parler aux collaborateurs quand on a les idées claires sur la situation et les mesures à venir, de leur expliquer où l’on est, pourquoi selon nous on y est, et quelles sont les pistes qui vont permettre d’en sortir.

Ces situations sont difficiles à gérer. Mais il existe des solutions pour faire face autrement.

Management de transition et restructuration

Le management de transition est une excellente solution pour piloter le redressement d’une entreprise.

Le management de transition, je le rappelle, consiste à :

  • faire intervenir une entreprise extérieure, qui prend temporairement la main sur toute ou partie de l’entreprise
  • instaurer un dispositif de pilotage en mode projet
  • construire une feuille de route pour sortir de la situation
  • déléguer un manager de transition à temps plein dans l’entreprise pour porter le projet de restructuration. Celui–ci prend alors la tête de l’entreprise, ou se place aux côtés du dirigeant en place (celui–ci est en général très demandeur, car fatigué)

Déroulement de la restructuration avec un manager de transition

Les actions menées par l’équipe de management de transition sont à la fois techniques, organisationnelles et managériales. En bref, après avoir analysé la trésorerie, le compte de résultat, et compris d’où viennent les difficultés, le plan d’action prévoit d’agir sur 8 leviers majeurs.

#1 Un travail sur le cash

Le manager de transition se charge de récupérer l’argent qui est « dehors », mais aussi mobilisation des créances auprès d’un factor.

#2 Levée de fonds auprès d’investisseurs spécialisés

Une levée de fonds sur des segments à risque, ou auprès des actionnaires historiques, ou recherche de new money peut également être envisagée.

#3 Un travail sur la rentabilité

Baisse des charges fixes (renégociation de contrats, licenciements si nécessaire, fermeture de sites, d’agences, de pays non stratégiques, externalisation…), revue des tarifs, rationalisation du service Achat… toutes les mesures à prendre en matière de rentabilité sont mise en place.

#4 Rééchelonnement de la dette

Un manager pour également se charger des négociations avec les créanciers – banques, fournisseurs, services publics – pour rééchelonner la dette, parfois – souvent – avec les services de l’Etat – Préfet, Dirrecte, CIRI, édiles locales…).

#5 Un travail sur les ventes

Comment se repositionner sur des segments de marché plus porteurs ? Comment retrouver de la compétitivité en redéfinissant son offre ?  Comment revoir ses tarifs ? Mais aussi comment transformer son équipe de vente en machine de guerre ?

#6 Mise en place de KPI’s pertinents

Il est toujours important de mettre en place des KPI’s pertinents, ce qui demande souvent un renforcement du contrôle de gestion de l’entreprise. En effet, des KPI’s pertinents et disponibles permettent de piloter finement et de façon agile les opérations de restructuration.

#7 Dégager du cash

On devra souvent également envisager la cession de filiales ou départements devenus non stratégiques, mais qui permettront de dégager du cash, et de caréner l’entreprise dans le sens de son repositionnement stratégique ou tactique.

#8 Du leadership pour l’adhésion au plan de restructuration

Enfin (mais peut-être surtout) exercer un leadership sur les équipes de façon à les embarquer dans le plan de restructuration et in fine vers un avenir plus serein.

Les avantages du management de transition lors d’une restructuration de l’entreprise

L’avantage du management de transition dans le cadre d’une opération de restructuration réside dans le fait que le manager de transition comme l’EMT ne sont là que temporairement.

Le binôme EMT et MT permet d’être plus efficace et plus rapide (l’EMT pilote la restructuration comme un projet, le manager peut plonger avec énergie dans l’opérationnel et le management des équipes). Le MT est en général surdimensionné pour le job, il a déjà probablement vécu une expérience similaire, ce qui lui permet d’être plus efficace et plus rapide.

Enfin, un manager de transition expérimenté en réorganisation saura travailler avec les parties prenantes à la procédure collective, que ce soit en tant que mandataire ad hoc, conciliateur, ou en tant que dirigeant de transition avec le tribunal, le mandataire, voire l’administrateur.