Pendant cette période de crise Covid-19, j’entends régulièrement que le management de transition, ou management de crise, va avoir beaucoup de dossiers à traiter du fait des nombreuses défaillances d’entreprise attendues.

Et en effet on voit bien que le management de transition est une réponse vraiment idéale en cas de crise. Or dans la crise, nous y sommes.

Et si ?

Et si cette idée était tout simplement FAUSSE ?

Les cabinets de management de transition en difficulté ?

Je me souviens qu’en 2008, autre période de crise, avec un fort risque sur beaucoup d’entreprises, tout un chacun pensait que c’était une période « rêvée » pour le management de transition.

Or qu’avons-nous constaté ? Que le chiffre d’affaires des entreprises de management de transition a à peu près stagné en 2008-2009. Et on s’est aperçu que le management de transition suivait l’exacte tendance des cabinets de consulting.

Et que constate t ’on aujourd’hui ? Que les cabinets de consulting sont en récession. Et que les cabinets de management de transition aussi !

Pourquoi ?

Le covid-19 en France met à jour certaines difficultés pour les entreprises

La crise économique liée à l’épidémie de covid-19 que nous vivons met à nu les entreprises qui étaient déjà fragiles. Or celles-ci n’ont pas besoin de management de transition stricto sensu, ni de management de gestion de crise, mais plutôt de spécialistes des restructurations immédiatement opérationnels :

  • pour sauver ce qui peut l’être encore ;
  • pour négocier avec les créanciers, les salariés et les clients, qui savent manier les procédures collectives et les ventes à la découpe.

Quant aux autres entreprises (et ce quel que soit le secteur d’activité), si elles ne sont pas en crise, c’est qu’elles tiennent.

Les entreprises françaises sont-elles vraiment en crise ?

Toutes les sociétés sont en crise, ou plutôt sont DANS LA CRISE. Mais sont-elles elles même en crise ? On peut en douter. Un récent sondage montrait que les chefs d’entreprise sont inquiets pour l’économie en général, mais pas pour leur propre entreprise.

En effet, en général les entreprises sont assez solides, surtout avec l’aide de l’état, et peuvent traverser la crise sanitaire et économique sans trop de dommages. Mais évidemment ceci n’amène pas les entreprises à investir, à lancer des projets, à enclencher des places de transformation.

On est plutôt, une fois la sidération passée lors du premier confinement, dans une tendance lourde à se concentrer sur ses fondamentaux, à avancer un peu au jour le jour, sans dévier et surtout sans explorer d’autres pistes.

Bien sûr ce n’est qu’une tendance. Nous connaissons tous des entreprises qui sont en forte croissance pendant cette crise sanitaire et économique, ou qui profitent de ces temps difficiles pour se réinventer. Mais la tendance lourde est bel et bien là.

Et si on n’investit pas, si on ne lance pas de projets, si on n’explore pas, si on reste concentré uniquement sur son savoir-faire, eh bien on n’a tout simplement pas besoin de management de transition !

Le marché de la transition touchée par le coronavirus

Le marché du management de transition, on l’a souvent dit, est constitué en fait de deux tendances :

  1. D’un côté le management de transition proprement dit (transformation, projet) permet à l’entreprise de passer un cap,
  2. De l’autre l’intérim cadre permet de tenir temporairement un poste devenu vacant. Ce dernier segment est d’évidence celui qui a progressé le plus dans les dernières années.

Mais c’est aussi celui qui est touché le plus durement par la crise, et ce pour deux raisons :

  1. Les cadres intérimaires (appelés managers de transition) sont très nombreux actuellement, il est donc assez facile pour une entreprise de trouver un intérimaire directement, sans passer par les services d’un cabinet de management de transition
  2. La crise a apporté une viscosité forte sur le marché : les entreprises n’osent pas bouger, les salariés non plus. L’intérim cadre s’en trouve d’autant plus touché.

Quel avenir pour le management de transition après la crise covid-19 ?

Je pense que le scénario de 2008 va se reproduire : quelques missions de restructuration lourdes, réservées à des spécialistes. Et pour le reste, service minimum.

Et puis doucement les entreprises vont se remettre à avancer, et vont ensuite faire appel de nouveau au management de transition. On pourrait même assister à de belles perspectives sur le long terme, dans deux / trois ans, pour le marché du management de transition.